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Coudre le jersey sans mailles filées

Le jersey n'est pas difficile — il est différent. Une pointe bille, un point qui s'étire, et deux ou trois habitudes à prendre : voilà tout le secret des coutures qui ne craquent pas.

6 min de lecture — l'équipe Glasman

Le jersey a une réputation injuste. Ce n'est pas un tissu difficile, c'est un tissu différent : il n'est pas tissé mais tricoté, en rangées de petites boucles. Percez une boucle, elle file — comme un collant. Étirez une couture rigide, elle craque. Tout l'art de coudre la maille tient donc en deux principes : ne pas percer, et laisser s'étirer.

L'aiguille : bille, pas pointe

Une aiguille standard (pointe R) traverse le jersey en coupant les fils des mailles. Sur le moment, la couture semble propre ; au premier lavage, des échelles apparaissent le long des points. La solution est la pointe bout bille : au lieu de percer, elle écarte les boucles et passe entre elles.

  • SES (bille légère) — jersey de t-shirt, lingerie, jersey de viscose : la référence pour 90 % de la maille.
  • SUK (bille moyenne) — molleton, sweat, interlock épais, jeans stretch : la bille plus ronde écarte des boucles plus grosses.
  • SKL / stretch — élasthanne dominant (maillots, leggings) : la forme évite les points sautés typiques du lycra, ce moment où la machine « coud dans le vide » un point sur trois.

Grosseur : Nm 70–80 pour un jersey fin, 80–90 pour un molleton. Sur nos fiches, les aiguilles Singer 2045 et les 130/705 H SES/SUK jouent exactement ce rôle pour les machines familiales.

Le fil : du polyester, et un point qui s'étire

Le coton n'a presque pas d'élasticité : sur une couture de maille, il casse au premier enfilage. Prenez un polyester tout usage (Tkt 120 / Tex 25) : son élasticité naturelle de quelques pour cent, combinée au bon point, suffit.

Car c'est le point qui apporte l'essentiel de l'extensibilité :

  • Zigzag étroit (largeur 0,5–1 mm, longueur 2,5–3 mm) : le grand classique, quasi invisible de loin, très extensible.
  • Point stretch / éclair (le petit éclair sur le cadran) : chaque point est cousu en avant-arrière, extensible et solide — plus lent, et pénible à découdre : réservez-le aux coutures définitives.
  • Point droit rallongé en dernier recours, en étirant légèrement le tissu — jamais sur un emmanchure.

À la surjeteuse, la question ne se pose pas : le point de surjet est extensible par construction, avec des cônes de fil fin (notre famille « fil à surjeter »).

Les trois réglages qui changent tout

  1. Pression du pied réduite. Le pied standard pousse le jersey en avant : la couture gondole. Baissez la pression (molette sur le capot de la plupart des machines) ou montez un pied double entraînement.
  2. Ne tirez jamais le tissu. Accompagnez-le, mains à plat, laissez les griffes travailler. Le jersey étiré pendant la couture ressort en volant tire-bouchonné.
  3. Longueur de point 2,5–3 mm. Trop court, le fil sature la maille et la détend définitivement.

Les ourlets : l'aiguille double, la botte secrète

Le double ourlet parallèle des t-shirts du commerce est fait à la recouvreuse. Sans recouvreuse, l'aiguille double (TWIN, deux aiguilles sur un talon 130/705 H) donne le même résultat visuel sur une machine familiale : deux lignes droites dessus, un zigzag de canette dessous, extensible juste ce qu'il faut. Prenez l'écartement 4 mm pour les t-shirts, et cousez lentement.

Diagnostic express

  • Points sautés → l'aiguille n'est pas une bille, ou elle est usée. Changez-la — c'est la cause n° 1, de très loin.
  • Échelles le long des coutures → pointe R sur maille fine : passez en SES.
  • Couture qui gondole → pression du pied trop forte, ou tissu tiré pendant la couture.
  • Couture qui craque → point droit non extensible : repassez en zigzag étroit ou point stretch.

Et pour trouver le duo exact — aiguille SES à la bonne grosseur + cône assorti — l'assistant le fait en cinq questions, machine comprise.